au château d’Eu, 3 septembre 1843
Dans un souci de rétablissement de bonnes relations entre la France et la Grande-Bretagne, le roi Louis-Philippe invita la reine Victoria pour une visite officielle dans son château d’Eu, en Normandie, en 1843. Arrivés le 2 septembre au Tréport, la reine et son époux, le prince Albert de Saxe-Cobourg, furent conduits à Eu, où leur avait été réservé un accueil royal fait de réceptions et dîners officiels et de promenades et visites dans les environs.
Le 3 septembre, lendemain de l’arrivée, se tient une soirée familiale, informelle, dans le « salon des Rois » du château, ornés de portraits des aïeux. On reconnaît, de gauche à droite, Marie Leczinska, Henri IV, Marie de Médicis, Louis XIII, Marie-Thérèse d’Autriche, saint Louis, Louis XII et François Ier. La figure équestre qui se trouve sous les grands portraits est la Jeanne d’Arc à cheval pleurant un anglais blessé de Marie d’Orléans.
Autour de la table sont groupées les dames, autour des reines. A gauche, sur un canapé en tapisserie, sont assis le roi et son invité. De gauche à droite, on reconnaît Lord Liverpool (devant la portière), et assis, le prince Albert et Louis-Philippe ; puis debout, Lord Aberdeen et Guizot ; à la table, la princesse Clémentine, son frère le prince de Joinville, de dos, faisant la conversation, Mme Adélaïde, la duchesse d’Orléans (portant le deuil), parlant avec le duc d’Aumale, debout derrière elle, la reine Victoria, la reine Marie-Amélie et Louise, reine des Belges ; derrière elles, le vieux Martin du Nord et le duc de Montpensier. A droite, de dos, la princesse de Joinville, le colonel de Chabannes, aide de camp du roi, puis un groupe dans lequel on voit le prince Auguste de Saxe-Cobourg (mari de la princesse Clémentine) et deux dames d’honneur de la reine d’Angleterre, Miss Lidle et Lady Canning.
Le mélange entre le caractère officiel du voyage et la tournure plus familiale de certains moments est très caractéristique de l’évolution du mode de vie des souverains du XIXème siècle et de la pénétration des habitudes bourgeoises dans les milieux aristocratiques et princiers.
Le tableau fait partie d’une suite de vues souvenirs du voyage de la reine commandée par le roi à une série d’artistes. Une première série, à l'aquarelle et montée en album, fut offerte à la reine Victoria. Une seconde, à l'huile, était destinée au roi, pour ses collections. Lami, auteur du plus grand nombre de ces œuvres, est l’un des chroniqueurs les plus appréciés pour ce genre de sujet entre histoire et reportage.
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