Etonnante personnalité que celle de Charles Lavigerie, ordonné prêtre en 1849, professeur d’histoire ecclésiastique à la Sorbonne (1854-1856), appelé en Syrie où il fonde l’ouvre des Ecoles d’Orient pour soutenir les missions et où il découvre l’Islam et la culture arabe.
Evêque de Nancy en 1863, il devient archevêque d’Alger en 1867 et se consacre alors à l’évangélisation de l’Afrique, notamment par le biais de la Société des missionnaires d’Afrique, les « Pères blancs », et de la congrégation des Sœurs missionnaires de Notre-Dame d’Afrique. Œuvre sociale, dispensaires, écoles, développement rural sont les travaux des Pères blancs en Algérie, et bientôt dans d’autres régions d’Afrique, car le fondateur voit grand.
En 1881, la Tunisie étant devenue un protectorat français, un archevêché de Carthage est créé et lui est confié, en plus d’Alger. Chargé en outre d’une délégation apostolique sur le Sahara et le Soudan, il est titré primat d’Afrique. Il se fait l’apôtre de la lutte contre l’esclavage des Noirs et, avec le soutien du pape Léon XIII, obtient des gouvernements européens la signature d’un acte antiesclavagiste. En 1890, par le « toast d’Alger », il exhorte les catholiques français à se rallier à la Troisième République.
Auteur d’un premier portrait de son ami et compatriote bayonnais, encore abbé, en 1861, Bonnat livre en 1888 cette extraordinaire image du primat d’Afrique, tout de noir et de pourpre vêtu, environné des attributs de sa mission, la croix dorée à double traverse du primat et une table où sont posés des livres et une carte ouverte sur les pays d’Afrique. Ce portrait très officiel montre un homme imprégné de sa fonction, dont les yeux mi-clos révèlent l’homme rusé, le diplomate aguerri, l’homme d’affaires oriental, mais aussi un homme profondément humain.
Acquis par le modèle, le tableau fut revendu par lui à l’Etat en 1894.
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