Né en 1747 à Gorée, comptoir situé au large du Sénégal et haut lieu de transit de la traite des noirs, Jean-Baptiste Belley fut emmené comme esclave à Saint-Domingue, probablement lorsqu’il était enfant. Affranchi vers l’âge de dix-sept ans, il était devenu commerçant de détail au moment où la Révolution éclata. Après l’abolition de l’esclavage à Saint-Domingue, en 1793, six députés furent élus pour représenter le nord de l’île à la Convention et parmi eux, deux noirs dont Belley. Ils partirent pour la France le 4 octobre 1793. Belley poursuivit une carrière militaire et politique en Europe jusqu’en 1797, date à laquelle il fut nommé chef de la gendarmerie de Saint-Domingue. Mystérieusement arrêté sur l’île en 1802, il fut emprisonné en France à la citadelle de Belle-Ile-en-Mer où il mourut en 1805.
Girodet peint ici un double portrait : il associe à l’image de Belley celle de l’abbé Guillaume Thomas François Raynal, sur le buste duquel le député s’appuie. Le philosophe, célèbre abolitionniste, était mort l’année précédente, en 1796, alors que son portrait sculpté par Jean-Joseph Espercieux, représenté ici par Girodet, était exposé au Salon. Le portrait du citoyen Belley est dans l’histoire la première représentation d’un homme noir montré dans la position officielle d’un législateur politique occidental. Il s’agit également du seul tableau de sa carrière dans lequel Girodet aborde directement un sujet politique : l’émancipation des noirs. Il n’existe aucune trace de commande pour cette œuvre et il est certain que Belley n’en fut pas propriétaire. Ce tableau résulte ainsi peut-être de la seule volonté de l’artiste, qui réalisa ce portrait en 1797, alors que Belley n’était plus député.
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