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  • Date : 25/11/2008
  • Niveau : primaire
  • Oeuvre : Clovis, roi des Francs
  • Rédacteur : Equipe pédagogique, Enseignant
  • École : Equipe pédagogique - Versailles (Yvelines)
La représentation de Clovis

Qui voyez-vous sur ce tableau ? Clovis ou bien Charlemagne ? Souvenez-vous des descriptions des peuples barbares par les érudits contemporains des invasions ? Imaginiez-vous Clovis aussi imposant et déjà équipé de tous ces éléments symboliques du pouvoir royal ? Pourquoi Clovis est-il représenté ainsi sur ce tableau ? Pour quelles raisons Louis-Philippe a-t-il commandé ce tableau à François-Louis Dejuinne ?

1/ Le contexte historique : Clovis et les Mérovingiens

A. Arrivée des Francs

Dès le IIIème siècle, l’Empire Romain qui ne parvient pas à défendre efficacement ses frontières voit de nombreux peuples barbares déferler sur son territoire. Parmi tous ces peuples, c’est le peuple des Francs qui va avoir la plus forte influence sur la formation de l’Europe. Ils s’établissent au IVème siècle sur le territoire de l’actuelle Belgique flamande, entre la Mer du Nord et la Meuse. Ils deviennent des Romains fédérés. Parmi les Francs, la tribu des Francs Saliens s’installe dans le diocèse de Tournai. Clovis devient le chef de cette tribu après son père Childéric. Il est le fondateur de la dynastie des Mérovingiens*.

* Mérovingiens vient du nom de Mérovée qui était peut être le grand-père de Clovis.

B. Règne de Clovis

Clovis est souvent présenté comme le premier roi des Français qui par son baptême a fait de la France la « fille aînée de l’Eglise ». Pourtant Clovis est un personnage très mal connu. Fils de Childéric Ier, roi de Tournai, et de Basina, Clovis naît en 465 ou 466. Il succède à son père en 481. Le territoire des Francs-Saliens est froid ; il est aussi la partie la plus inculte et la moins fertile de la Gaule. Clovis entreprend donc une politique de conquêtes de divers petits royaumes. Il s’attaque d’abord au général gallo-romain, Syagrius, sur lequel il remporte la victoire à Soissons*. Il y établit sa capitale. Pour asseoir son autorité et trouver des alliés, il épouse une princesse burgonde, Clotilde. Elevée dans la foi catholique, elle essaye de convertir son époux païen. Ne parvenant pas à vaincre ses ennemis, les Burgondes et les Wisigoths, sans l’aide des populations gallo-romaines, Clovis décide de se convertir au christianisme comme l’y engageait depuis longtemps Clotilde et Rémi, l’archevêque de Reims.

*Épisode du vase de Soissons.

C. Baptême de Clovis

L’archevêque Rémi baptise Clovis en la cathédrale de Reims, communément le 25 décembre 496. Mais la date exacte de son baptême est mal connue, sans doute s’est-il déroulé entre 496 et 506. Clovis est baptisé avec ses soldats. Par ce baptême, il s’assure le soutien de l’Eglise romaine, principale autorité survivante de l’Empire, en plus de la sympathie du peuple gallo-romain. Ce baptême est avant tout un geste politique.

D. Fin du règne de Clovis

Grâce à ses conquêtes, Clovis acquiert Toulouse et l’Aquitaine. Pour finir d’affirmer son pouvoir sur les Francs, Clovis élimine tous les chefs susceptibles de le menacer. Il délaisse la Belgique et s’installe à Paris qui devient la capitale du royaume franc. Le royaume est constitué, à ce moment, de la quasi-totalité de la Gaule (à l’exception de la Bourgogne) et du sud-est de l’Allemagne actuelle. Grâce à ses conquêtes, Clovis est parvenu à acquérir une puissance sans précédent pour un chef barbare. Avec lui est né un royaume cohérent, où les populations gallo-romaines et franques se mêlent. Dans la dernière année de son règne, Clovis assemble un concile à Orléans destiné à réorganiser l’Eglise. C’est de ce premier acte de sa souveraineté, en matière ecclésiastique, que datent les droits exclusifs et non communs aux autres souverains catholiques réclamés par les rois de France contre les papes. Ainsi gloire, empire, religion, lois, usages, naissance d’une grande capitale, tout, pour les Français, commence avec le règne de Clovis. A sa mort, le 27 novembre 511, son royaume est partagé entre ses quatre fils : Thierry, Clodomir, Childebert Ier et Clotaire Ier. Clovis est inhumé dans une église. Il devient le premier roi franc à ne pas être enterré selon des rites barbares.

2/ La description du tableau

A. Description physique

On trouve dans ce tableau certains insignes et ornements traditionnels de la royauté, appelés « regalia » :

• La couronne montre que le roi est empereur en son royaume selon la volonté de Dieu ; le peuple doit fidélité à la couronne.

• Le sceptre : celui qui le porte est désigné par Dieu pour guider les autres ; le roi guide l’ensemble de ses sujets.

• La fleur de Lys est un symbole de pureté, fleur de la Vierge Marie. Elle devient l’emblème des rois de France au XIIème siècle ; c’est Louis VII qui l’utilise comme symbole de la monarchie capétienne. Elle devient ensuite l’emblème de l’Etat à partir du XVème siècle.

• L’épée fait du roi le bras armé de l’Eglise ; elle porte le même nom que celle de Charlemagne « Joyeuse ».

• La cape est pourpre et dorée.

• L’aumônière : ce détail a été repris du Baptême de Clovis par Dejuinne ; elle ne devrait pas être visible puisqu’elle était fixée derrière la ceinture et ne pendait pas.

• Les couleurs dominantes : 4 couleurs dominent ce portrait, le bleu, le blanc, l’or et le pourpre.

Les « regalia » symbolisent une longue histoire, un héritage, le caractère divin de la monarchie.

B. Explications des éléments incohérents et anachroniques de ce tableau

Ce portrait de Clovis, comme la totalité des œuvres du Musée de l’Histoire de France souhaitée par Louis-Philippe, sert à la propagande du nouveau régime. Louis-Philippe se fabrique ainsi une légitimité. Il se place dans cette lignée de rois fédérateurs et vainqueurs des ennemis de l’Etat et de la Religion. Religion qu’embrasse Clovis, premier roi catholique français, élu de Dieu. En faisant comprendre l’histoire nationale, c’est la nécessité du régime de la Restauration qui est comprise. La peinture participe à la volonté de mémorisation de l’histoire de France et de propagande du régime monarchique déjà existant sous l’Ancien Régime. Les œuvres peintes sous Charles X et Louis-Philippe n’ont en rien fait évoluer la connaissance historique au sujet de Clovis ; elles ont complété par l’image ce que l’écrit et l’oral enseignaient sur le retour « bienheureux » de la monarchie. Les peintres continuaient à s’appuyer sur une érudition livresque fantaisiste bien que la notion de « mérovingien » commença à se préciser depuis les années 1850. « L’historien doit être peintre avant tout » selon l’invitation d’A. Thierry. Pourtant l’Histoire était encore loin d’être une science rigoureuse. Les représentations picturales demeuraient des œuvres poétiques et l’art rétrospectif une reconstitution.

Ce tableau est une commande de Louis-Philippe datant de septembre 1835. Cette effigie inaugure la salle consacrée aux rois de France. Pour réaliser le portrait de Clovis, Dejuinne s'est inspiré assez précisément de la dalle funéraire* du roi présentée à Saint-Denis, qui le montre en pied dans un accoutrement très proche de celui du tableau. Le peintre lui donne l’allure de l’empereur Charlemagne avec sa « barbe fleurie » et son épée. On retrouve cette iconographie dans les livres d’histoire illustrés du XIXème siècle.

* La dalle funéraire de Clovis a été réalisée tardivement, dans les années 1220-1230.

En effet, le roi mérovingien tient dans sa main gauche l’épée de Charlemagne, Charlemagne qui ne vit que trois siècles après lui. Clovis porte pratiquement la même tenue que Charlemagne : une tunique bleue de laquelle ressort une manche blanche et dorée, ainsi qu’une cape pourpre. Ce sont ces couleurs que l’on retrouve habituellement dans les portraits de rois. L’or symbolise le pouvoir et l’opulence. Le pourpre est, depuis l’Antiquité romaine, symbole de richesse, de pouvoir et de dignité suprême. Les manteaux des consuls romains étaient pourpres. Clovis incarne donc le premier roi français catholique mais également une continuité par rapport au pouvoir romain. L’opposition des couleurs du fond et de celles du roi accentue l’aspect surnaturel du roi. Ce portrait très frontal produit un effet saisissant sur le spectateur qui a le sentiment d’être fixé par le regard intense de Clovis. L’artiste a insisté sur le caractère autoritaire du roi guerrier grâce à qui « la monarchie des Francs, fondée par ses victoires, s’étendit de l’Escaut aux Pyrénées, et de l’Océan jusqu’à la limite du Rhin et du Rhône. »

3/ Quelques propositions de prolongement

Afin que les élèves comprennent mieux la place de ce portrait, il serait intéressant de leur proposer une comparaison avec le portrait de Charlemagne de Louis-Félix Amiel et le tableau « Bataille de Tolbiac » de Ary Scheffer. Pour aller plus loin, de faire un travail sur le portrait politique et de comparer les portraits de rois mais aussi de présidents. Chacun essayant de trouver les attributs royaux ou républicains, et d’analyser les postures dans lesquels sont faits ces portraits, de même que le lieu où ils sont mis en scène. A titre d’exemple, vous pouvez consulter le travail réalisé sur le portrait de Louis XIV en costume de cour de Hyacinthe Rigaud disponible au http://www.chateauversailles.fr/fr/611_P_Costume_Royal.php Il est possible également d’opposer les gravures et représentations des peuples barbares, ainsi que les descriptions des auteurs contemporains au portrait de Clovis.

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